jeudi 19 janvier 2012

QUAND LA FACTURE D'HOSPITALISATION REND PLUS MALADE QUE LA MALADIE ELLE-MÊME : Où est le social ?

Aussi étonnant que cela puisse paraître,dans nombre d’hôpitaux et Centres de santé,des ex-patients sont séquestrés ou utilisés comme main d'oeuvre pour frais médicaux impayés.

Le 11 juin 2011, Victorine Nké, 14 ans, crée l'évènement au carrefour Mvog-Mbi à Yaoundé. Maman de triplés dont un garçon, l'adolescente sollicite l'aide du couple présidentiel pour la survie de ses rejetons. L'accouchement de Victorine Nké à l'hôpital de la Caisse à ruiné ses proches.

Après deux mois d'hospitalisation suite à un accouchement prématuré et difficile, la jeune fille est invitée à solder une facture d'un million de Fcfa à l'hôpital de la Caisse sis au quartier Essos. Le père des triplés, un jeune élève de 19 ans, n'a pas pointé son nez depuis la tombée de la facture. Sous la pression de l'hôpital, la famille du géniteur des triplés parvient à réunir 800.000 Fcfa.
Et le reste alors ? Après sollicitation, la ministre des Affaires sociales, Catherine Bakang Mbock, retire Victorine et ses triplés des griffes de la direction de l'hôpital de la Caisse. Une faveur dont ne bénéficie pas tous les patients dont la facture s'est allongée à mesure des prescriptions des médecins. «Très souvent, tu entres à l'hôpital pour un mal de cheveu, tu en ressors avec un mal de crâne», déclare une victime, pince sans rire. Florence O. se souvient ainsi d'avoir été témoin d'une expérience similaire durant son hospitalisation à l'hôpital Laquintinie à Douala. «Flore Moussinga a été admise à Laquintinie pour un accouchement, raconte Florence. Finalement, elle accouché par césarienne et les médecins l'ont gardée pour une semaine, le temps que la blessure se cicatrise.»

Insolvables

Solange raconte que sa voisine de chambre n'avait pas les moyens de payer la facture de 150.000 Fcfa que lui a présentée l'hôpital. «Elle et son époux avaient tout juste 80.000 Fcfa. Ils ont voulu signer un engagement de paiement échelonné. Mais la direction de l'hôpital a refusé. Elle est devenue prisonnière de l'hôpital et chaque jour, le montant de la facture ne faisait qu'augmenter», révèle la narratrice.
«Au final, Flore Moussinga devait payer 256.000 Fcfa pour sortir. Son mari a essayé de s'enfuir avec l'enfant, mais on l'a rattrapé au niveau du portail. Les gardiens ont retiré l'enfant du seau de 10 l dans lequel il l'avait caché. Flore mangeait avec nous, utilisait nos savons, nos couches de bébé, etc.», poursuit Florence O. Nombreux sont ceux qui se retrouvent ainsi dans l'impossibilité de solder leur dette envers des établissements hospitaliers. D'autant plus que, soutient Roger Tchouakeu, un ancien patient d'un hôpital public, «les techniques de recettes ne manquent pas dans les hôpitaux.» Ce dernier déclare qu'à la Fondation Chantal Biya à Yaoundé, il y aurait un minimum de 10 jours d'hospitalisation à y passer. «Les médecins t'obligent quelque peu à passer 10 jours même si tu sembles avoir recouvré la santé», dit-il.

A l'hôpital central de Yaoundé, un séjour en chambre individuelle équivaut à payer 12.000 Fcfa par jour. A l'hôpital de la Caisse, la caution est de 20.000 Fcfa avant de prétendre retrouver la salle d'accouchement. «Il faut également penser à la nutrition, carnet de santé, entre autres dépenses», assure Roger Tchouakeu. Et lorsque s'amoncellent les frais médicaux, qu'advient-il aux insolvables ? «Pour les patients qui ne peuvent solder leur dette, nous avons une cellule d'action sociale qui s'assure du fait qu'ils sont vraiment indigents», renseigne Jean Abada Ayong, responsable de la communication de l'hôpital gynéco-obstétrique et pédiatrique de Yaoundé (Hgoy). «Après une enquête fouillée, le patient indigent peut bénéficier d'une remise du directeur général de l'hôpital ou d'un moratoire», rajoute-t-il. La procédure est quelque peu semblable à la Fondation Chantal Biya, se souvient un proche d'un ancien patient de cet établissement hospitalier. «Un de mes proches y a séjourné pour un abcès à la tête. Il a bénéficié de soins médicaux dont la facture s'élevait à 60.000 Fcfa. Dans l'impossibilité de solder sa dette, il s'est dirigé vers le service de l'action sociale», raconte Valérie K.

«Mais on lui a demandé de documents personnels qu'il n'a pas pu présenter étant un enfant de la rue. L'hôpital l'a par la suite soumis aux tâches ménagères en guise d'indemnisation. Il a été tenté de fuir, avant que je ne paye sa facture», affirme la jeune femme. Il faut ainsi compter sur la providence, notamment sur un potentiel bienfaiteur pour que la santé se paye cash. Dans un article de l'agence de presse Syfia, on apprend par ailleurs que les patients insolvables en République démocratique du Congo y héritent d'un curieux surnom. Ils se font appelés «démob», un diminutif du mot «démobilisés». Ces ex-malades, selon Syfia, «sont contraints de rester dans l'hôpital, de céder leurs biens de valeur ou de travailler dans les champs de l'établissement pour payer les soins». «Ce sont pour la plupart des femmes qui viennent d'accoucher, surtout celles qui ont subi une césarienne qui sont ainsi enfermées avec leurs bébés», conclut Syfia.

Vivement que le social reprenne droit de cité dans nos hôpitaux !

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